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25/07/2026Loi 25 contrats fournisseurs en copropriété: clauses clés
La Loi 25 a modernisé la protection des renseignements personnels au Québec. Pour un syndicat de copropriété divise, l’enjeu est concret: vos contrats fournisseurs doivent encadrer clairement l’usage des données des copropriétaires, locataires et visiteurs. Sans ces clauses, le conseil d’administration (CA) s’expose à des risques juridiques, opérationnels et réputationnels.
Dans cet article, nous résumons ce que la Loi 25 implique pour vos ententes avec les fournisseurs (gestion, comptabilité, sécurité, TI, plateformes résidents, etc.). Vous trouverez les clauses à prévoir, des bonnes pratiques d’appel d’offres et des conseils de gouvernance à consigner au PV de vos rencontres du CA et à présenter à l’AGA.
Comprendre la Loi 25 pour un syndicat de copropriété
La Loi 25 modifie la Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (chapitre P-39.1). Elle impose notamment des obligations de gouvernance, de sécurité et de notification d’incidents aux organisations qui traitent des renseignements personnels. Vos fournisseurs, qui « traitent pour compte » du syndicat, sont directement visés par ces obligations et doivent être encadrés par écrit.
Même si un syndicat n’est pas toujours assimilé à une « entreprise » au sens strict, il doit agir avec prudence et loyauté dans l’exécution de ses obligations (cf. C.c.Q.). Le CA demeure responsable de la protection des renseignements confiés à des tiers. C’est pourquoi les contrats fournisseurs doivent intégrer les exigences de la Loi 25 et refléter les bonnes pratiques recommandées dans l’écosystème de la copropriété.
En pratique, cela se traduit par:
- La désignation d’une personne responsable de la protection des renseignements personnels pour le syndicat (souvent un administrateur ou le gestionnaire, selon mandat);
- Des politiques et pratiques encadrant la gestion des données et les incidents de confidentialité;
- Des contrats écrits imposant au fournisseur des obligations de confidentialité, de sécurité, d’avis d’incident et de suppression des données à la fin du mandat (cf. P-39.1, notamment art. 3.1, 17 et 18.3).
Pour référence, consultez la Loi sur le privé consolidée et la loi de modernisation:
- LégisQuébec – Loi sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé (P-39.1)
- LégisQuébec – Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels (2021, c. 25)
Cartographier les renseignements personnels en condo: un préalable utile
Avant de négocier vos clauses, dressez l’inventaire des données que vos fournisseurs consultent, hébergent ou manipulent. Cet exercice simple oriente le niveau de protection requis.
Données fréquemment en jeu en copropriété:
- Identité et coordonnées: nom, adresse courriel, téléphone, adresse de parties privatives et adresse de facturation;
- Finance: états de compte, prélèvements des frais de condo, preuves de paiement, arrérages de charges communes et cotisations spéciales;
- Dossiers administratifs: registre du syndicat, listes de présence à l’AGA, procurations, PV, réclamations d’assurance;
- Sécurité et accès: enregistrements de caméras des parties communes, carnets d’accès, numéros de plaques, journaux d’intercom;
- Technique: demandes d’entretien, bons de travail, informations liées au carnet d’entretien (EUC) et au fonds de prévoyance;
- Vente et location: attestations du syndicat, communications avec notaires et courtiers, preuves d’assurance des copropriétaires.
Cette cartographie vous aide à préciser, dans chaque contrat, les catégories de renseignements concernés, les finalités autorisées et les mesures de protection attendues.
Les clauses obligatoires à inclure dans vos contrats
Intégrez ces clauses clés à tous vos contrats fournisseurs. Adaptez la formulation selon le type de service (gestion, TI, sécurité, comptabilité, plateforme).
- Objet, portée et définitions
Préciser que le fournisseur traite des renseignements personnels « pour le compte » du syndicat, aux seules fins du mandat. Définir les « renseignements personnels » et l’« incident de confidentialité » selon la Loi 25. - Confidentialité et accès minimal
Restreindre l’accès aux seules personnes autorisées chez le fournisseur (besoin de savoir). Exiger des ententes de confidentialité et une vérification des antécédents lorsque pertinent. - Mesures de sécurité
Imposer des mesures techniques et organisationnelles proportionnées aux risques: contrôle des accès, journalisation, chiffrement en transit, sauvegardes, correctifs de sécurité et gestion des mots de passe. Préciser la gestion des appareils mobiles et de la sous-traitance TI. - Registre et notification des incidents
Exiger la tenue d’un registre des incidents de confidentialité et l’avis « sans délai indu » au syndicat de tout incident présentant un risque sérieux de préjudice, avec détails nécessaires à l’évaluation et à la mitigation. - Conservation, restitution et suppression
Définir les délais de conservation. Obliger la restitution sécurisée ou la suppression vérifiable (y compris les copies et sauvegardes) à la fin du contrat, sous attestation écrite. - Sous-traitance et « flow-down »
Interdire toute sous-traitance sans autorisation écrite préalable. Imposer aux sous-traitants des obligations au moins équivalentes à celles du contrat principal. - Hébergement et transferts hors Québec
Obliger le fournisseur à divulguer l’emplacement d’hébergement. Pour tout transfert hors Québec, exiger une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée et des garanties contractuelles adéquates, conformément à P-39.1 art. 17. - Droits d’audit et attestations
Prévoir un droit d’audit raisonnable par le syndicat ou un auditeur indépendant. Exiger des attestations périodiques de conformité et la communication des constats majeurs d’audit tiers pertinents. - Assistance aux demandes des personnes concernées
Obliger le fournisseur à collaborer aux demandes d’accès, de rectification ou de retrait de consentement qui concernent les données qu’il détient pour le compte du syndicat. - Propriété des données et portabilité
Préciser que les données appartiennent au syndicat. Exiger une exportation lisible et complète à la fin du contrat, sans frais déraisonnables.
Gestion des incidents et avis: que prévoir concrètement
Votre contrat doit encadrer la séquence suivante en cas d’incident de confidentialité:
- Avis rapide au syndicat, avec description des faits, catégories de renseignements affectés et mesures immédiates prises;
- Coopération pour évaluer le « risque de préjudice sérieux » et, au besoin, préparer les avis aux personnes concernées et les démarches requises par la loi;
- Remise d’un rapport d’incident mis à jour, puis d’un rapport de clôture avec les correctifs appliqués et les leçons apprises.
Précisez aussi qui, chez le fournisseur et chez vous, joue le rôle de personne responsable de la protection des renseignements personnels pour accélérer la coordination.
Transferts hors Québec et hébergement: éviter les angles morts
Si un fournisseur héberge des données en nuage ou emploie du personnel à l’extérieur du Québec, le contrat doit prévoir:
- Une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée avant le transfert (cf. P-39.1 art. 17);
- Des garanties contractuelles assurant une protection équivalente (confidentialité, sécurité, droits d’audit, effacement);
- La divulgation des juridictions impliquées et des mécanismes de recours disponibles.
Astuce: exigez une fiche technique décrivant l’architecture (centres de données, sauvegardes, journalisation) et mettez-la à jour annuellement.
Appels d’offres, vérifications et suivi fournisseur
L’encadrement commence dès l’appel d’offres. Voici un processus simple pour un CA:
- Documents d’appel: inclure un cahier des charges avec vos exigences Loi 25 et un modèle de clauses contractuelles. Indiquer les catégories de renseignements en jeu (par ex., registre des copropriétaires, états de compte, vidéos des parties communes).
- Diligence raisonnable: demander la preuve d’assurance responsabilité, la politique de sécurité, le plan de réponse aux incidents et les localisations d’hébergement. Pour les travaux en bâtiment, vérifiez la licence de l’entrepreneur auprès de la RBQ.
- Critères d’évaluation: pondérer la sécurité de l’information au même titre que le prix et le service. Demander des références et exiger une démonstration des contrôles d’accès et des sauvegardes.
- Négociation et signature: intégrer vos clauses Loi 25, prévoir un calendrier de tests (restauration de sauvegardes, exportation des données), et fixer des indicateurs de niveau de service (SLA) pertinents.
- Suivi annuel: obtenir une attestation de conformité, réviser la fiche d’hébergement et tenir une rencontre de revue des incidents et améliorations.
Bon à savoir: le RGCQ publie des contenus utiles sur les bonnes pratiques en copropriété. Inspirez-vous-en pour structurer votre dossier et vos communications internes.
Gouvernance du CA: politiques, PV et documents clés
Un bon contrat ne suffit pas sans gouvernance interne. Nous recommandons au CA:
- Désigner officiellement, par résolution inscrite au PV, la personne responsable de la protection des renseignements personnels;
- Adopter une politique encadrant la gestion des renseignements personnels et un processus d’intervention en cas d’incident;
- Mettre à jour le règlement de l’immeuble ou, au besoin, la DCV pour préciser certaines obligations d’accès, d’affichage et d’usage des dispositifs (caméras des parties communes, intercom);
- Documenter dans le carnet d’entretien (EUC) les systèmes et fournisseurs critiques qui touchent les données (plateforme de gestion, serveurs, caméras), avec la fréquence des revues de sécurité;
- Informer les copropriétaires, au plus tard à l’AGA, des améliorations mises en place, sans divulguer d’informations sensibles.
Pensez aussi à l’arrimage avec la gestion financière: un fournisseur de comptabilité ou de prélèvements traite des données bancaires et des informations sur les frais de condo. Révisez périodiquement ces contrats et la séparation des tâches (ex. approbation des paiements, accès aux journaux).
Pour aller plus loin, consultez nos services de gestion administrative et parcourez d’autres billets pratiques sur le blogue multiRent.
Cet article fournit de l’information générale et ne constitue pas un avis juridique. Pour votre situation, consultez un avocat ou un notaire.
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