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20/07/2026
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Chute sur la glace en copropriété : qui est responsable?

Par Muriel Druart, directrice, service client

Chaque hiver, le verglas et la neige transforment les accès des immeubles en zones à risque. Dans une copropriété divise, une chute sur la glace soulève vite des questions délicates : le syndicat, l’entrepreneur en déneigement, le copropriétaire ou la personne blessée est-il responsable? Le conseil d’administration (CA) doit agir rapidement et selon la loi, tout en protégeant la copropriété et ses copropriétaires.

Cet article fait le point, en contexte québécois, sur les responsabilités, les assurances et la prévention. Vous y trouverez des repères concrets pour vos parties communes, vos parties privatives et vos parties communes à usage restreint, ainsi que des mesures de gestion opérationnelle applicables dès aujourd’hui.

Le cadre légal québécois en bref

Au Québec, la responsabilité en cas de chute sur la glace repose principalement sur la faute ou la négligence (cf. art. 1457 C.c.Q.). En copropriété divise, le syndicat a la mission d’assurer la conservation de l’immeuble et l’administration des parties communes (cf. art. 1039 C.c.Q.). Il peut être tenu responsable d’un dommage causé par un défaut d’entretien des parties communes (cf. art. 1077 C.c.Q.).

  • Devoir de prudence: chacun doit agir en personne raisonnable. Un défaut d’entretien prévisible et évitable peut engager la responsabilité.
  • Parties communes: le syndicat administre, entretient et doit signaler les dangers. Une politique claire de déneigement/déverglaçage est essentielle.
  • DCV et règlement de l’immeuble: ils répartissent les obligations d’entretien entre syndicat et copropriétaires, surtout pour les parties communes à usage restreint (ex.: balcons, escaliers privatifs d’accès).

Références utiles:

  • Code civil du Québec, devoir général de prudence: art. 1457 C.c.Q.
  • Mission du syndicat: art. 1039 C.c.Q.
  • Responsabilité liée aux parties communes: art. 1077 C.c.Q.

Scénarios fréquents: qui paie, qui répond?

Chaque situation doit être évaluée selon la preuve, la météo et les mesures raisonnables prises. Voici les cas courants rencontrés par les syndicats et les copropriétaires.

1) Parties communes extérieures (entrées, trottoirs, stationnements)

  • En principe, le syndicat est responsable de l’entretien, y compris le déneigement, l’épandage d’abrasifs et la signalisation des zones glissantes. Un défaut d’entretien ou un délai déraisonnable après une précipitation peut entraîner sa responsabilité civile.
  • Même si une personne doit être prudente, un CA doit démontrer un plan d’intervention réaliste (seuils, priorités, temps de réponse) et sa mise en œuvre.

2) Parties privatives (à l’intérieur d’un condo)

  • Une chute à l’intérieur d’un condo relève habituellement de l’occupant. Le syndicat n’est pas responsable de l’entretien des planchers d’un appartement privatif.
  • Exception: si l’eau provient d’un vice des parties communes non corrigé (ex.: infiltration par l’enveloppe), un partage de responsabilité peut être envisagé selon la preuve et la causalité.

3) Parties communes à usage restreint (balcons, terrasses, escaliers menant à une unité)

  • Souvent, ces éléments sont des parties communes à usage restreint. En général, le syndicat en demeure responsable quant à la conservation et à la sécurité, tandis que l’usager a des obligations d’entretien courant selon la DCV et le règlement.
  • Si la DCV impose à l’usager un entretien hivernal minimal (balayer la neige légère, poser un tapis), le non-respect peut réduire ou déplacer la responsabilité. Vérifiez précisément la DCV et les résolutions d’AGA applicables.

4) Entrepreneur en déneigement sous contrat

  • L’embauche d’un sous-traitant n’efface pas la responsabilité du syndicat envers les tiers. Par contre, le syndicat peut exercer un recours contractuel contre l’entrepreneur en cas de manquement au devis (délais, épandage, surveillance des redoux, etc.).
  • Assurez-vous que l’entrepreneur détienne une licence RBQ valide et une assurance responsabilité suffisante. Vérifiez sa licence sur le site de la RBQ: RBQ.

Prévenir les chutes: un plan d’hiver adopté par le CA

La prévention coûte toujours moins cher qu’une réclamation. Un plan d’opérations hivernales clair, approuvé par le CA et communiqué aux copropriétaires, réduit les risques et facilite la défense du syndicat.

  • Seuils d’intervention: établir des délais après neige, verglas et redoux; prioriser entrées principales, rampes, escaliers et pentes.
  • Produits et méthodes: choisir des abrasifs et déglaçants adaptés; prévoir bacs d’abrasif aux entrées, tapis anti-dérapants et pelles.
  • Drainage et ruissellement: dégager les drains, rigoles, sorties de gouttières; surveiller la formation de plaques lors des redoux.
  • Éclairage et signalisation: s’assurer que l’éclairage des accès est fonctionnel; poser une signalisation temporaire « sol glissant » lors des épisodes critiques.
  • Contrat et devis: décrire précisément fréquences, seuils, responsabilités, tournée matinale, gestion des tempêtes et des pluies verglaçantes; inclure une clause de journal de bord et d’avis au gestionnaire.
  • Journal de déneigement: consigner dates/heures d’interventions, météo, produits utilisés et photos. Ce registre devient une preuve clé en cas de réclamation.
  • EUC et carnet d’entretien: intégrer la stratégie hivernale à l’état d’immeuble et au carnet d’entretien; planifier les corrections durables (pentes, revêtements, barres d’appui).

Pour structurer ces actions, voyez nos services en gestion des opérations et en gestion financière pour encadrer fournisseurs, budgets et suivis.

Après une chute: étapes et gestion d’une réclamation

Même avec un bon plan, un incident peut survenir. Voici un protocole simple que le CA peut adopter.

  1. Sécuriser et assister

    • Porter assistance; appeler les services d’urgence au besoin.
    • Baliser la zone et corriger le danger immédiat (abrasif, fermeture temporaire).
  2. Documenter sans délai

    • Noter la date, l’heure, les conditions météo, l’endroit précis, la présence d’éclairage et de signalisation.
    • Photographier le lieu sous plusieurs angles; conserver des images des caméras si disponibles.
    • Relever les témoins et coordonnées; joindre les entrées du journal de déneigement.
  3. Aviser et déclarer

    • Informer rapidement le gestionnaire et le CA; inscrire un point au PV de la prochaine rencontre.
    • Aviser l’assureur responsabilité du syndicat selon la police; respecter les délais de déclaration.
    • Si un entrepreneur est impliqué, lui transmettre un avis formel de l’incident avec la documentation.
  4. Analyser et corriger

    • Vérifier le respect du plan hivernal, du devis et des seuils; ajuster au besoin.
    • Prévoir des mesures correctives durables si un problème récurrent de glace existe (drainage, pente, auvents).

L’évaluation de la responsabilité tiendra compte des efforts raisonnables: plan écrit, interventions tracées, communication aux occupants. La faute comparative peut réduire ou partager la responsabilité, notamment si la personne blessée a ignoré une signalisation évidente.

Assurances: qui couvre quoi?

La compréhension des polices d’assurance évite bien des conflits entre le syndicat et les copropriétaires.

Assurance du syndicat

  • Responsabilité civile: couvre les réclamations d’un tiers pour dommages corporels résultant d’un défaut d’entretien des parties communes.
  • Biens: protège les parties communes contre les dommages matériels, mais ce volet n’est généralement pas en cause pour une chute.
  • Franchise: le syndicat assume la franchise prévue à la police; selon la DCV et la loi, la possibilité de refacturer certaines franchises est encadrée et doit être évaluée avec prudence.

Assurance du copropriétaire

  • Responsabilité civile: couvre les dommages causés par la négligence du copropriétaire, notamment dans sa partie privative.
  • Améliorations et contenus: sans lien direct avec la chute, mais utile si la chute endommage des biens du copropriétaire chez lui.

Coordination et communication

  • Déclarations: chaque assureur doit être avisé selon les contrats respectifs; conservez tous les échanges écrits.
  • Négociation: l’assureur du syndicat peut défendre le dossier et, s’il y a lieu, exercer des recours contre un entrepreneur défaillant.
  • Transparence: informez les copropriétaires des mesures correctives et des impacts potentiels sur les charges communes, au besoin par avis ou au PV d’AGA.

Consultez aussi le Code civil du Québec pour le cadre général du syndicat: art. 1039 et s., ainsi que la responsabilité liée aux parties communes: art. 1077. Pour toute sélection d’entrepreneur, vérifiez la licence RBQ: RBQ.

FAQ – Chutes sur la glace en condo

Q1. Le syndicat est-il toujours fautif lorsqu’une chute survient sur un trottoir de la copropriété?
Non. Il faut prouver une faute ou un défaut d’entretien. Si le syndicat démontre un plan raisonnable et des interventions conformes aux conditions météo, il peut ne pas être tenu responsable (cf. art. 1457 C.c.Q.).

Q2. Un balcon à usage restreint: l’usager ou le syndicat?
Référez-vous à la DCV et au règlement de l’immeuble. L’usager a souvent des tâches d’entretien courant, mais la conservation et la sécurité d’ensemble relèvent du syndicat. La responsabilité peut être partagée selon les faits.

Q3. Le CA peut-il réclamer des frais à l’entrepreneur après une réclamation payée?
Oui, si le contrat prévoit des obligations non respectées (délais, tournées, produits). Le syndicat demeure toutefois le premier répondant envers la victime, puis exerce ses recours contractuels contre l’entrepreneur.

Pour d’autres conseils de gestion courante et de prévention, explorez notre blogue.

Cet article fournit de l’information générale et ne constitue pas un avis juridique. Pour votre situation, consultez un avocat ou un notaire.

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